L’UTS a ses vertus, mais elle reste une exhibition (et ce n’est pas un gros mot)

Bien que parfaitement réussie sur le plan organisationnel, la première édition de l’Ultimate Tennis Showdown, qui s’est achevée dimanche sur la victoire de Matteo Berrettini, a pourtant suscité la défiance de nombreux passionnés de tennis. En raison, peut-être, d’une certaine ambiguïté dans son discours.

Dans une période où les vaches tennistiques sont particulièrement maigres, on aurait dû normalement applaudir sans réserve une épreuve comme l’Ultimate Tennis Showdown (UTS), dont la première édition s’est déroulée ces cinq derniers week-ends dans l’écrin luxueux de l’Académie Mouratoglou, à Sophia-Antipolis, sans aucune fausse note sur le plan organisationnel ou sanitaire. On aurait dû surtout la prendre pour ce qu’elle est : un moyen inespéré de reprendre contact avec le tennis et une très sympathique distraction estivale en attendant, on l’espère encore ardemment, le retour du circuit officiel le mois prochain aux Etats-Unis.

Pour celui qui a regardé l’UTS sans arrière-pensée ni projection, il faut avouer que c’était « fun », ces drôles de joutes en quatre quart-temps, avec possibilité d’utiliser des cartes joker, de discuter avec son coach et même de se faire interviewer par des commentateurs complices en plein changement de côté. Fun et particulièrement dynamique, bien servi qui plus est par une réalisation impeccable qui a rendu l’ensemble fort bien ciselé.

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Le hic, c’est qu’il était compliqué de regarder l’UTS sans arrière-pensée ni projection quand son fondateur, Patrick Mouratoglou, a lui-même accompagné sa naissance d’un discours assez ambivalent. D’un côté, l’entraîneur de Serena Williams s’est dit attaché au format traditionnel d’un sport pour lequel il porte – et de cela, personne ne peut en douter – un amour immodéré. De l’autre, il n’a cessé de répéter que l’UTS devait jeter les bases du tennis de demain. D’une main, il a laissé entrevoir la possibilité de faire cohabiter deux circuits. De l’autre, il a souvent laissé entendre à quel point le sien serait quand même beaucoup moins has-been.

Avant tout, la volonté de secouer le cocotier

C’est indéniablement ce qui a provoqué la défiance, sinon l’hostilité de cette fameuse « fan base » vieillissante que Patrick souhaiterait dépoussiérer, ce qui est en soi une bonne idée à condition de ne pas faire fuir ladite base déjà en place. Or, s’il est amusant de voir le tennis sortir parfois un peu de son carcan traditionnel, il est évident que personne ne souhaiterait que Roland-Garros se joue demain dans un format de matches chronométrés, avec possibilité de sortir un coup fourré à tout moment à son adversaire. Que l’on se rassure, ça ne sera jamais le cas. Mais le doute a insidieusement été glissé dans les esprits.

Tout part pourtant d’une bonne intention. Avant toute chose, Mouratoglou a surtout l’envie de secouer fortement le cocotier, dans un univers qu’il estime beaucoup trop immobile. Et quiconque a déjà secoué un cocotier sait qu’on ne peut y aller mollement. Il faut imprimer une forte énergie cinétique à la base pour permettre au tronc de s’ébranler sur son assise et espérer ensuite pouvoir en récolter quelques fruits.

Parmi les éléments de langage souvent martelés par le maître des lieux, il en est un autre qui a semé l’ambiguïté : le fait de considérer l’UTS non pas comme une « simple » exhibition, mais bel et bien une compétition. Ce sujet, beaucoup moins anodin qu’il n’y paraît, mérite que l’on s’y arrête. On pourrait disserter sur les critères dissociant une exhibition d’une compétition mais il en est deux qui semblent difficilement contestables : l’absence de points ATP et la non délivrance d’un titre validé par une fédération ou une instance officielle.

Il en existe un troisième, moins formel mais plus révélateur encore : l’état d’esprit dans lequel les joueurs y prennent part. Soyons sûrs par exemple que, dans une compétition officielle, Richard Gasquet n’aurait pas passé deux minutes à vanter les qualités de Don Juan d’un Benoît Paire lors d’un changement de côté. Même si, bien sûr, à l’UTS, la consigne était passée aux joueurs de se lâcher totalement, on a vu tout au long de l’épreuve beaucoup de sourires, de tentatives de coups improbables, de scènes cocasses qui en disent long sur la décontraction avec laquelle les joueurs l’ont abordée, malgré la perspective du prize-money et des moments de grande qualités tennistiques, à l’image de la finale entre Berrettini et Tsitsipas. Tout cela est, après tout, la vocation première – et fort louable – d’une exhibition. Pourquoi la réfuter ?

Ces exhibitions qui ne veulent pas dire leur nom

Notez que cette communication n’est pas nouvelle. La Laver Cup, à ses débuts, s’avançait exactement avec le même élément de langage, convainquant d’ailleurs l’ATP d’intégrer ses matches dans les « head-to-head » de son site pour justifier le droit de se définir en tant que compétition officielle, intégrée au circuit. Outre le fait que cela jette le trouble, on peut surtout se demander pourquoi les exhibitions refusent aujourd’hui obstinément de porter leur nom. Pour s’ôter une négative étiquette de « cirque » qui les empêcherait, à terme, d’être prises au sérieux et donc pleinement incluses dans le calendrier ATP ou WTA ? Mais alors, telle serait donc leur ambition ?

En tournant le problème dans tous les sens, on a un peu l’impression de marcher sur un serpent qui se mord la queue. Il y a quelque chose qui ne tourne pas complètement rond dans cette boucle infernale, et c’est là que l’UTS gagnerait à clarifier son discours et son ambition. De très belles pistes de réflexion ont émané de cette première édition, notamment sur l’assouplissement du code de conduite ou de la règle du coaching. Et plus globalement sur la nécessité impérieuse de mettre en place un tennis plus dynamique, plus fluide. Mais sans en modifier l’essence. Certaines règles n’ont clairement pas leur place sur le circuit classique. Elles sont en revanche parfaites pour un produit exhibition qui se doit logiquement d’être plus formaté, plus marketé.

Le marketing d’un côté, la nature même du jeu de l’autre. Deux mondes qui ont appris à cohabiter depuis l’avénement du sport business. Mais vivre ensemble est une chose, fusionner en est une autre. Les instances protectrices de l’intérêt du tennis – en attendant l’instance suprême, qui règlera bien des problèmes – doivent rester vigilantes là-dessus, sans perdre de vue l’idée de faire absolument évoluer leur sport. C’est peut-être sur ce point qu’il y a eu une faille ces derniers temps. La nature ayant horreur du vide, elle s’est chargée de la combler. Avec fracas.

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Source : Eurosport

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