Exclusif – Béziers : Les Emiratis sortent du silence

Philippe Baillard – Directeur financier de Sotaco International. Jeudi matin, c’est à la brasserie d’Auteuil, à Paris, que nous l’avons retrouvé. Lui ? Il n’est autre que le bras droit de Samir Ben Romdhane, l’homme ayant mené l’intégralité des négociations avec les propriétaires du club biterrois. Il nous livre sa version des faits et nous explique qu’à propos de l’ASBH, tout n’est peut-être pas terminé…

Présentez-vous, s’il vous plaît…

Je m’appelle Philippe Baillard, je suis le directeur financier de Sotaco International. Je représente les intérêts de Samir Ben Romdhane, le propriétaire de ladite société et supervise les grands mouvements financiers du groupe.

Sotaco, c’est quoi au juste ?

Nous sommes dans les « commodities », les matières premières, quoi. Et pour faire simple, ce genre de business se fait là où on parle arabe. […] L’argent circule, dans ces territoires-là. Et c’est la raison pour laquelle nos fonds ne sont pas en France mais à l’étranger.

Pourquoi vos garanties bancaires et financières ont-elles eu tant de mal à convaincre les propriétaires de l’ASBH et la DNACG ?

Vous ne pouvez vous rendre compte à quel point il est difficile de faire passer des fonds étrangers en France : il faut des mises en conformité, l’aval de Tracfin (l’organe gouvernemental retraçant l’origine des fonds, N.D.L.R.), tout une sorte de choses… Pour pouvoir mettre en place de tels mouvements financiers, on est aussi confronté aux délais des banques : pendant la covid, aucun compte d’entreprise ne pouvait être ouvert en France.

à quand remontent les premières négociations avec les propriétaires actuels ?

Au mois de février. Nous étions alors venus, avec Samir Ben Romdhane, voir Yannick Pons (l’associé de Christophe Dominici) pour discuter d’un partenariat dans les vignes. On achetait de la terre, quoi. Et puis, au fil d’une discussion, Yannick nous a parlé du club de Béziers. Cela nous a plu tout de suite.

Pourquoi ?

L’histoire était belle. On voulait réveiller le titan !

Et ?

Le lendemain, nous avons rencontré le maire de la ville (Robert Ménard) au cours d’un rendez-vous hyperagréable. Il nous a dit qu’on lui enlevait une belle épine du pied, qu’on tombait très bien… Deux mois après, nous rencontrions les dirigeants (Valaize, Bistué et Angelotti) et là, je leur lançais en toute amitié : « Messieurs, dites-nous tout sur les comptes. ça nous fera gagner du temps ».

Quel était l’accord au départ ?

On rachetait le club pour un euro symbolique et derrière, nous apportions des fonds pour moderniser l’ASBH, refaire tout le stade et éponger les dettes. Mais après cette première rencontre, je n’ai eu aucune proposition, aucune nouvelle, rien… Et au moment où Christophe Dominici, avec toute son énergie, a expliqué le projet dans vos colonnes, s’est créée une rivalité entre les deux camps, une tension que je ne peux expliquer.

D’accord…

Si dès le départ, on m’avait dit : « Nous ne sommes pas vendeurs, laissez-nous tranquilles ! », on serait parti en toute quiétude.

Que s’est-il passé, après l’interview de Christophe Dominici ?

Monsieur Angelotti a annoncé qu’il n’était plus vendeur, le projet Bouscatel a vu le jour et sans l’énergie déployée par Christophe, j’aurais alors tout abandonné. […] Vous savez, il y a eu cette conférence de presse devant le stade de Béziers… Peu après, Thierry Braillard (l’avocat représentant les Émiratis) m’a appelé pour me dire que le club était à nouveau à vendre.

Qu’avez-vous fait ?

J’ai appelé Christophe avant qu’il ne passe au « Moscato Show » et lui ai dit : « Christophe, la guerre est finie. Sois calme, paix dans la cité. »

Et au micro de RMC, il a pourtant relancé la guerre…

Oui. Nous étions très en colère après ça. Et on lui a dit : « Maintenant, tu vas te reposer ; tu nous laisses terminer les négociations. » Ce pourquoi il n’est plus apparu dans la presse.

Et après ?

S’est tenue une réunion dans un hôtel parisien, fin juin, avec Monsieur Bistué, qui s’est très bien passée. Nous nous sommes engagés à reprendre les prêts contractés, nous avons fait un communiqué et le protocole d’accord s’est mis en place.

Mais les négociations ont à nouveau capoté…

Oui. En épluchant les comptes, on s’est rendu compte qu’il y avait des sociétés satellites polluant l’économie du club. Tous les contrats passés par les dirigeants, on devait les renégocier et finalement, ça prenait un temps fou. Quant à la holding Passion Ovalie, à laquelle nous rachetions les actions, elle était dans une situation financière désastreuse.

Vous avez pourtant poursuivi…

Oui. Nous voulions avoir les clés du club au 13 juillet et mettre les fonds quinze jours plus tard, pour les raisons que je vous ai expliquées précédemment.

Il y eut, enfin, le passage à la DNACG…

Mais avant ça, nous avons produit des éléments concrets pour montrer à la DNACG que nous avions les fonds, que nous étions des gens sérieux. Sans ça, l’institution ne nous aurait même pas reçus.

Pourquoi la DNACG a-t-elle envoyé un avis défavorable, alors ?

Elle n’a pas envoyé d’avis défavorable. Elle a simplement reçu, la veille du rendez-vous, un mail de la part des propriétaires du club qui disait en substance : « Méfiez-vous ! Leur chèque de caution est peut-être un faux ! »

On peut comprendre…

Mais si nous n’avions pas d’argent, quel intérêt aurions-nous à racheter ce club ? Dans quel but ? Le quitter après deux mois ? C’est insensé, enfin !

Comment a réagi la DNACG à la réception de ce courriel ?

Elle a eu des doutes et je peux comprendre, après tout… Du coup, un nouveau délai s’est installé ; un délai qui nous mettait dans l’impossibilité de réaliser le recrutement d’envergure que nous souhaitions faire. Quand je suis sorti du bureau de la DNACG, j’ai donc décidé de tout abandonner.

Pourquoi ?

Non seulement, nous héritions d’une usine à gaz mais en plus, nous n’avions aucun des joueurs rêvés à disposition.

Vos garanties, une lettre d’une banque de Hong Kong et le chèque de caution émis par Samir Ben Romdhane, ont aussi refroidi la DNACG. On peut comprendre…

Je vais vous citer un exemple : notre pétrole part d’Irak pour aller en Chine. Nous avons donc décidé de faire parvenir cette lettre d’une banque chinoise installée à Hong Kong. C’était, dans le temps imparti, le mieux que l’on pouvait faire. En face, ils ont voulu faire un excès de zèle. Ils ne nous ont pas fait confiance, en fait.

N’était-il pas possible d’avoir des garanties plus solides ?

Pas dans les délais aussi courts ! Si vous y arrivez, vous, venez me trouver ! Expliquez-moi comment faire ! […] Quand j’ai créé, en vingt-quatre heures et avec un capital de 1 000 €, Sotaco Management, la société qui devait reprendre le club, c’était pour y mettre des fonds censés racheter l’ASBH et financer le recrutement. C’est la raison pour laquelle vous ne trouvez rien de concret à propos de Sotaco sur Internet. Et cette société, je ne sais pas ce que je vais en faire du coup… Peut-être acheter un club de pétanque, allez savoir…

Aviez-vous l’accord de Tracfin ?

Oui ! On ne serait jamais passé devant la DNACG, sinon !

Au départ, Robert Ménard avait lui aussi des doutes sur votre surface financière…

Allez le voir maintenant et posez-lui la question. Vous verrez qu’il ne les a plus…

Qui est Samir Ben Romdhane ?

Monsieur Ben Romdhane est né à Bizerte (Tunisie) mais possède la nationalité française. Il est aussi résident émirati.

Quoi d’autre ?

Monsieur Ben Romdhane, il est plus blanc que n’importe qui. Quand vous êtes dans la commercialisation du pétrole, il faut en effet montrer patte blanche avant d’avoir les autorisations nécessaires. Le jour où il a créé sa société, il a d’ailleurs eu droit à une longue enquête sur sa personne. On ne met pas le pied dans cet univers-là en claquant des doigts.

Comment a-t-il réagi quand vous avez jeté l’éponge ?

Mal. Il m’en a voulu. Béziers était devenu son bébé. Il voulait en faire quelque chose de grandiose, il voulait ses gladiateurs, il en parlait tout le temps. Je lui ai dit : « Je comprends. Mais on ne va pas mettre la société en péril pour ça. »

Quelle est la véracité sur la surface financière de Samir Ben Romdhane ?

Un contrat de pétrole signifie des allocations annuelles portant sur plusieurs milliards d’euros. Je ne vous en dirai pas davantage parce qu’il voulait rester discret…

Le rachat aurait-il donc été acté sur les fonds personnels de Monsieur Ben Romdhane ?

Oui. Et lui serait resté en coulisses. Celui qui aurait reçu les tomates les jours de défaite, c’est moi… (rires)

Quand les Qataris sont arrivés au PSG, ils sont arrivés à visage découvert. Pourquoi cette discrétion ?

Les Qataris sont arrivés au PSG en tant que nation, pas nous ! à Béziers, nous sommes venus en notre nom, sur un coup de cœur. De la pub, nous n’en voulions pas. On pensait être propriétaires sans que personne ne connaisse jamais l’identité de Monsieur Ben Romdhane.

On le dit proche de la famille royale d’Abu Dhabi. Est-ce un fantasme ?

Non, c’est tout à fait réel.

Que veniez-vous chercher à Béziers, sincèrement ?

Déjà, nous voulions devenir les plus gros propriétaires de vignes de la région et faire des investissements dans la ville. On pouvait faire du business. Le rugby, c’était juste l’affect, la part de rêve.

Les salaires présentés lors de votre recrutement étaient parfois excessifs, si l’on en croit les joueurs et les agents…

Et récemment, j’ai freiné des deux pieds lorsque j’en ai eu conscience. Je ne connaissais pas le marché du rugby. Dès lors que ce fut le cas, je n’ai pas voulu que nous tombions dans l’indécence.

Est-ce terminé avec Béziers ?

Je ne sais pas… Allez savoir… J’ai envie de dire aux propriétaires actuels : « Revoyez votre copie parce qu’en l’état, avec des fusils partout, on ne peut pas y aller. » Si Béziers n’a pas besoin de nous dans l’immédiat, on va prendre une année sabbatique pour réfléchir et mettre une stratégie en place. Peut-être seront-ils dans de meilleures dispositions, dans quelques temps.

On a aussi parlé de vous à Nice…

Béziers avait quelque chose de mythique que n’a pas Nice, un club avec lequel il y a eu quelques touches. En arrivant à Béziers, on réveillait la belle endormie. Le challenge était là. Notre investissement ne se serait pas arrêté aux 30 millions de dollars (26 millions d’euros) évoqués dans la presse.

« à Béziers, nous sommes venus en notre nom, sur un coup de cœur. De la pub, nous n’en voulions pas. On pensait être propriétaires sans que personne ne connaisse jamais l’identité de Monsieur Ben Romdhane. »

Source : Rugbyrama

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